Le syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques
Lignes à haute tension, électroménager, téléphonie mobile, WiFi, les champs électromagnétiques qui traversent notre environnement quotidien inquiètent de plus en plus. L’électro-hypersensibilité (HSEM), encore sujette à caution, et dont se plaignent de plus en plus de personnes, risque bien de devenir un véritable problème de santé publique.
Depuis quelques années, diverses affections sont attribuées, par les patients eux-mêmes, à l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM). On parle alors d’hypersensibilité électromagnétique. Les symptômes que décrivent les personnes vont de manifestations cutanées, rougeurs, picotements, sensations de brûlure, jusqu’à des accès de fatigue, des nausées, troubles digestifs, céphalées ou autre difficultés de concentration. Pour les personnes dites électro-sensibles, ces symptômes sont en général bénins, mais certaines d’entre elles développent une maladie chronique et des souffrances physiques et psychologiques qui leur rendent la vie impossible, pouvant entraîner une perte d’emploi et une multitude de difficultés d’ordre comportemental.
Les enquêtes statistiques ont des résultats très variables et il est difficile d’établir la sensibilité d’une population. D’après les sondages, en Californie, 3,2 % des personnes interrogées se disent électro-sensibles, 6 % en Allemagne, 3,5 % en France. Environ 10 % des cas signalés d’électro-sensibilité ont été considérés comme graves. Pour le Pr Le Ruz, membre du CRIIREM (1), cette proportion de personnes électro-sensibles pourrait bien doubler d’ici 2020, mais, il ajoute, également, que ces chiffres sont à relativiser.
A l’heure actuelle, il existe très peu d’arguments scientifiques sur l’électro-sensibilité. De nombreuses personnes souffrent, ceci ne fait pas de doute, mais, d’après l’OMS, aucune étude n’a pu démontrer que l’exposition aux champs électromagnétiques en était la cause. Objet de controverse dans le milieu médical, sans preuve scientifique d’une relation directe, de nombreuses associations lancent néanmoins des appels pour respecter le principe de précaution et pour un meilleur accompagnement des malades.
Le problème est que, pour soutenir les patients et avancer dans la thérapie comme dans la prévention, il s’agit d’abord de mieux cerner cette maladie. S’exprimant en des maux très divers, l’électro-hypersensibilité ne semble pas avoir de profil symptomatique spécifique, ce qui signifie que les effets décrits peuvent s’apparenter à d’autres troubles ou maladies et qu’ils sont également fréquemment rencontrés dans la « population générale ». Toutefois, pour le Pr Belpomme, président de l’ARTAC (2), l’hypersensibilité électromagnétique ne fait aucun doute. Membre d’un groupe de travail comprenant plusieurs médecins et des consultants en physique des rayonnements, il a amorcé une série de descriptions cliniques, identifiant le SICEM, syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques. C’est sans nul doute grâce à de tels suivis médicaux que pourra être stimulé le débat public sur les ondes électromagnétiques, un débat, aujourd’hui, devenu plus que nécessaire.
Elisabeth Leciak
1- Centre de Recherche et d'Information Indépendantes sur les Rayonnements
2- Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse