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 Alessandro BARICCO (Italie)

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Nicamic

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MessageSujet: Alessandro BARICCO (Italie)   Ven 21 Mar - 0:01

 

L’auteur : Alessandro Baricco est né à Turin en 1958. Il a un parcours particulier puisqu’après des études de philosophie et de musique, il est devenu critique littéraire et musical et présentateur d’émissions de radio et de télévision. Son premier roman (que je n’ai pas lu), Châteaux de la colère, lui a valu le prix Médicis étranger en 1991. Il est l’auteur de quatre romans, une pièce de théâtre et deux essais.
Sans sang date de 2002. C’est un très court roman de 112 pages, en deux parties. La première comporte des scènes très violentes, montrées de façon cinématographique (presque style western !), ce qui les rend plus percutantes encore. Tout se passe à une époque indéterminée, dans un lieu non précisé, mais il s’agit d’un immédiat après-guerre (laquelle ? on ne le saura pas davantage) et nous assistons à un acte de vengeance qui n’épargnera qu’une toute petite fille, Nina.

Dans la seconde partie, cinquante ans après, cette petite fille est devenue une vieille dame, dona Sol. Elle retrouve le troisième tueur de la première partie, celui qui l’a épargnée. Un long dialogue très intense mène à une fin qui peut déconcerter certains lecteurs ; personnellement, je l’ai trouvée très belle mais je n’en dirai pas plus pour préserver le plaisir de la découverte.

Tout le roman a une résonance universelle par les questions qu’il soulève et le fait qu’il s’inscrive dans un cadre et une époque indéterminés. Le choix de la consonance hispanique des noms des personnages est seulement dû à leur musicalité, a précisé l’auteur. J’en déduis que le musicien qu’il est n’a pas dû apprécier les sonorités du titre français, vraiment peu euphonique ; c’est la traduction littérale du titre original mais en italien c’est bien plus joli : Senza Sangue.

La brièveté du récit, son dépouillement dans l’écriture font qu’on va constamment à l’essentiel. La tonalité noire de la première partie est remplacée dans la seconde par l’attente d’on ne sait quoi, mêlée d’une sorte de douceur presque fataliste qui émane des deux personnages, la vieille dame et le tueur vieilli. Une certaine poésie, forcément fugitive au début, imprègne de plus en plus le texte jusqu’aux dernières lignes.

Le roman invite à réfléchir à l’absurdité de la guerre, aux idéaux qui la sous-tendent (se battre pour un monde meilleur, vraiment ?). D’ailleurs, pourquoi les hommes se battent-ils même quand la guerre est finie ? Pour justifier ce qu’ils ont fait ? Ce à quoi ils ont cru ? Pour se venger ? Ces questions fondamentales sont posées mais les réponses suggérées ne sont pas manichéennes et renvoient chacun de nous à lui-même. D’autres questions surgissent : un bourreau peut-il être un père de famille aimant ? Quand il torturait, à quoi pensait-il, pourquoi le faisait-il ? Le romancier réussit uhn beau tour de force en nous conduisant à nous identifier à chacun de ses personnages et surtout à ne pas juger de façon tranchée.

Un roman dur, surtout au début, mais d’une grande puissance.

 

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Nicamic

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Ven 21 Mar - 14:24

Quelques passages que j’ai aimés dans Sans sang :

[la petite fille dans sa cachette]
Citation :
De la main elle arrangea sa jupe. Elle ressemblait à un artisan occupé à terminer un travail. Recroquevillée sur le côté, elle se mit à effacer l’une après l’autre les imprécisions. Elle superposa ses pieds jusqu’à sentir ses jambes parfaitement jumelles, ses deux cuisses délicatement jointes, ses genoux comme deux tasses en équilibre l’une sur l’autre, ses chevilles séparées par un rien. Elle vérifia à nouveau la symétrie des chaussures, accouplées comme dans une vitrine, mais sur le côté, comme couchées, tu aurais pu dire, de fatigue. Elle aimait cet ordre. Si tu es un coquillage, c’est important l’ordre. Si tu es carapace et animal, tout doit être parfait. L’exactitude te sauvera.


 [pour justifier les horreurs de la guerre] :


Citation :
C’est comme la terre.[…] On ne peut pas semer sans labourer. D’abord il faut ouvrir la terre.
[…] Il y avait des tas de choses que nous devions détruire pour pouvoir construire ce que nous voulions, c’était la seule manière, nous devions être capables de souffrir et de faire souffrir, celui qui supporterait le mieux la douleur gagnerait, on ne peut pas rêver d’un monde meilleur et penser qu’on va vous le donner juste parce que vous le demandez, les autres n’auraient jamais cédé, il fallait combattre, et une fois qu’on avait compris ça, ça ne faisait plus de différence que ce soient des vieux ou des enfants, tes amis ou tes ennemis, on était en train d’ouvrir la terre, il n’y avait rien à faire, il n’y avait pas moyen de faire ça sans que ce soit douloureux […] nous savions qu’aussi élevé qu’en soit le prix, immense serait la récompense, parce que nous ne nous battions pas pour un peu d’argent, ou pour un champ à cultiver, ou pour un drapeau, nous nous battions pour un monde meilleur.

 
un dernier :

Citation :
Elle pensa que même si la vie est incompréhensible, nous la traversons probablement avec le seul désir de revenir à l'enfer qui nous a engendré, et d'y habiter auprès de qui, un jour, de cet enfer, nous a sauvé. Elle essaya de se demander d'où venait cette absurde fidélité à l'horreur, mais elle s'aperçut qu'elle n'avait pas de réponse. Elle comprenait seulement que rien n'est plus fort que cet instinct de revenir là où on nous a brisé, et de répéter cet instant pendant des années. Et pensant seulement que ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais. Dans un long enfer identique à celui d'où nous venons. Mais clément tout-à-coup. Et sans sang.


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Suzanne

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Ven 21 Mar - 14:30

Il doit être très vieux le 3ème tueur ?
Sans sang , ça donne l'impression de bégayer. !

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ne dit rien/n'ose pas /de peur/de faire mal
et la mer/se couche à ses pieds
comme une bête aimable.
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Nicamic

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Ven 21 Mar - 14:43

Suzanne a écrit:
Il doit être très vieux le 3ème tueur ?
Sans sang , ça donne l'impression de bégayer. !

Dans la première partie, le tueur est le plus jeune des trois.
Sans sang: je trouve ce titre particulièrement laid.  Mad  Comme je le dis plus haut, le titre italien est bien plus euphonique et quand on sait que l'auteur est musicien !...

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 16:49

nicamic j'ai lu le livre enfin relu.Et je n’ai rien à ajouter à ton commentaire.
Juste une question comment comprendre la fin..elle le laisse  en vie ou bien ils vont s'endormir tous  les deux pour l'éternité 
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Nicamic

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 17:17

Pour moi, Odelette, c'est une fin positive, elle s'endort contre lui. Si tu relis la fin de la p.112, tu vois :
Citation :
ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais. Dans un long enfer identique à celui d'où nous venons. Mais clément tout à coup. Et sans sang.


Ce qui, d'ailleurs renvoie au titre du livre.

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Sapho

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 18:43

Tes ressentis à propos de ce livre m'impressionnent. Tu sembles l'avoir beaucoup apprécié, ce qui me donne envie de le lire moi aussi.

Merci pour ce beau partage NIC   
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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 19:30

ma nicamic  c'est bien ce que je pensais.

Grâce à toi cela m'a permis de relire ce livre qui était dans ma bibliothèque
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Nicamic

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 19:51

Bonsoir Odelette, ce n'est pas désagréable de relire un livre, n'est-ce pas ? Parfois, on le regarde autrement...
Bonsoir, Sapho, je crois que ce roman te plairait et moi, je serais ravie d'avoir ton point de vue !  Very Happy

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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 19:52

oui tu as raison relire un livre donne une autre vision..
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MessageSujet: Re: Alessandro BARICCO (Italie)   Mar 25 Mar - 19:53

lol j'ai omis de te dire bonsoir   Embarassed
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