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 Tununa MERCADO (Argentine)

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Nicamic

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MessageSujet: Tununa MERCADO (Argentine)   Mer 26 Mar - 15:37

Je viens de terminer Mémoire argentine, livre paru en France en 2004 aux éditions Sabine Wespiesier.
Le titre original est En estado de memoria, un état de mémoire, qui suggère bien mieux que le titre français l’idée que l’exilé(e) est désormais loin de la réalité, a du mal à y revenir avec un imaginaire lui-même figé.
4e de couverture :


Citation :
Contrainte de quitter son pays à deux reprises, Tununa Mercado, née en 1939 à Córdoba, au nord de l'Argentine, a passé seize années de sa vie en exil, en France puis au Mexique. C'est lors de son retour définitif à Buenos Aires, en 1986, qu'a grandi en elle la nécessité de répondre par ce livre aux interrogations que diverses stratégies thérapeutiques ou analytiques avaient été bien incapables de résoudre.

Écrivain de la mémoire et de la sensation, auteur de plusieurs ouvrages salués pour leur subtilité et leur profondeur, c'est avec cette autobiographie kaléidoscopique que Tununa Mercado aborde les vertigineux écueils de sa condition d'exilée : perpétuelle confusion des lieux et des temps, éclatement de l'identité, obsession de la mort, sentiment omniprésent de la perte, autant de formes différentes que revêt une angoisse dont les manifestations viennent se lover dans les moindres détails de la vie quotidienne. Tout est difficile pour l'exilée en quête de repères : le choix d'un vêtement, les habitudes culinaires, les pièges d'une langue qui se dérobe, le déroulement des saisons.

Parce que l'auteur parvient, non sans humour, à lier son destin dans ce qu'il a de plus intime à la fatalité collective qui emporte ses semblables, son livre se lit comme une radiographie de tous les exils.



 

Le livre se présente comme une suite de seize récits autobiographiques qui analysent avec lucidité les effets de l’exil sur le corps et l'âme. Il est clair que l’auteur procède ainsi à une sorte de thérapie, celle qu’elle n’a jamais pu s’offrir, faute de moyens financiers suffisants, et qui de toute façon n’aurait servi à rien. En effet, dans la première histoire, terrible, la narratrice-auteur est dans une salle d’attente de psychiatre et va participer à une séance collective. Un malade surgit qui réclame d’urgence et avec une insistance pathétique un médecin ; il est refusé parce qu’il n’a pas de rendez-vous. La nuit suivante, il se suicide. T. Mercado dénonce ainsi la cruauté de thérapeutes indifférents, incapables d’aider quelqu’un en état de souffrance.

Dans tous les récits, l’auteur analyse, à travers des anecdotes tirées de son propre vécu,  la disparition de repères engendrée par la condition d’exilé, qu’on soit sur une terre étrangère ou de retour dans son pays et ses conséquences douloureuses : une altération définitive de l’identité, des maladies psychosomatiques, un état de confusion dans le temps et dans l’espace, une sensation permanente de perte irréversible, le souvenir obsédant des êtres, des lieux et des choses perdus. Le tragique est omniprésent mais de temps en temps, surgit une insolite note d’humour comme, par exemple, quand elle raconte qu’elle est devenue incapable de choisir des vêtements. On trouve aussi parfois des passages d’une certaine poésie.

J’ai eu un peu de mal à mener cette lecture, pourtant intéressante, à son terme, peut-être à cause d’une impression générale d’étouffement, de cercle vicieux mais aussi parce que le décorticage minutieux de certaines situations a fini par me lasser. Je crois que mon récit préféré est le dernier ! Il met en scène, de manière tout à fait inattendue, un clochard qui a choisi l’exil dans son propre pays : il vit dehors, dans le dénuement le plus absolu, et trouve son bonheur dans la résolution de problèmes mathématiques !

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Suzanne

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MessageSujet: Re: Tununa MERCADO (Argentine)   Jeu 27 Mar - 9:30

Merci Nicole,
Sincèrement, je ne crois pas lire ce livre.
Cette nuit Laure Adler avait invité Laura Alcoba et Selva Almada pour une émission de télé je voulais regarder mais c'était très court et c'était déjà fini quand j'ai allumé.
Quelqu'un connait ces auteures argentines ?

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Nicamic

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MessageSujet: Re: Tununa MERCADO (Argentine)   Jeu 27 Mar - 9:52

Non, Suzanne, je ne connais pas les auteurs que tu cites.
Toujours à propos de Tununa Mercado, elle écrit:

Citation :
L'exil remonte en moi comme une immense fresque de Rivera, remplie d'une foule de protagonistes et de figurants, de chefs et de bouffons, de malades et de dépossédés, de corrompus et de corrodés....
Et aussi :

Citation :
Le soleil flamboie obstinément, démesuré, toute la journée, il pèse de tout son poids sur les murs de la maison, jusqu’au début de la nuit  nomade des terriens, celle qui commence environ huit heures après midi  et s’achève aux premières lueurs de l’aube, vers cinq heures du matin ; mais sous cette latitude, le soleil est éternel. Nul souffle, pas la brise la plus légère, ce qui donne dans le langage familier des miens : « Il n’y a pas une goutte d’air », échange qualitatif des propriétés qui rend l’air encore plus épais et condense, sans le précipiter, le désir de pluie.
C’est par ces lignes que commence le seizième et dernier récit intitulé Le mur de Mémoire argentine. Et ce n’est pas celui que j’indiquais par erreur dans mon post précédent ! L’histoire du clochard constitue le quinzième récit mais je comprends très bien pourquoi j’ai préféré refermer le livre sur le souvenir du sympathique Andrés. En effet, le récit du Mur est marqué par l’enfermement et la pesanteur ; dans un genre différent il est aussi éprouvant à lire que le tout premier.
En revanche c’est  dans Sans abri que l’on trouve cet autre passage très révélateur :

Citation :
[…] il ne fallait surtout pas que je convertisse maintenant en thème littéraire la dure absence d’abri de cet homme alors que ma décision avait été de faire de ce livre une catharsis dépouillée de toute vanité. (c’est moi qui souligne)
Certes, ce n'est pas une lecture facile mais elle permet de mieux appréhender des drames humains, personnels ou collectifs, hélas de tous les temps ; et, à ce titre, je ne regrette pas de l'avoir lu jusqu'au bout.

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